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Silicon Valley, IA, startups : le pari sans filet d’un ingénieur ESME

Portraits

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10/03/2026

Silicon Valley, IA, startups : le pari sans filet d’un ingénieur ESME


Diplômé en 1998 de l’ESME Sudria, entrepreneur et installé en Californie depuis 2016, Arnaud BUDKIEWICZ a traversé plusieurs vagues technologiques : le web naissant, les moteurs de recherche, l’explosion du mobile, la démocratisation de la visio pendant le Covid et désormais l’IA, qui révolutionne l’ensemble du cycle d’innovation et des produits utilisés par les entreprises. Il revient sur un parcours guidé par la curiosité, l’audace et le goût de construire. De Saint-Germain-en-Laye à la Silicon Valley, des moteurs de recherche aux agents IA, son parcours illustre une chose : l’ingénierie est un passeport. Reste à oser s’en servir. 


Votre parcours avant  l'ESME est un peu atypique...

Oui. Au lycée, je n’étais pas vraiment dans la « bonne case ». J’ai fait une Terminale D (option biologie), pas une Terminale C (option maths). J’ai dû faire une année de fac pour renforcer mes bases en maths avant d’intégrer Sudria. Finalement, ça a été une chance : ça m’a permis de mûrir mon projet et d’arriver plus solide. Ce que j’aimais à l’ESME, c’était le côté généraliste. Je ne voulais pas me spécialiser trop tôt. On touchait à tout : mécanique, électronique, systèmes et moteurs électriques… et bien sûr informatique. À l’époque, on travaillait sur des VAX-VMS (les ordinateurs DEC des années 80-90) ; assembleur, Fortran, C, bash sur Unix… et vers la fin, les premières incursions sur Windows NT. C’était exigeant, mais extrêmement formateur. Ça m’a appris une chose essentielle : découper un gros problème en petites briques et les assembler intelligemment. C’est encore comme ça que je travaille aujourd’hui.

Vous démarrez votre carrière en plein bug de l’an 2000…

En 1995, à l’ESME, on a découvert Internet ; orange sur fond noir, le navigateur Mosaic. Un groupe de Sussus essayait de deviner les noms de domaine des grandes entreprises : BMW, Mercedes, L’Oréal, BNP… On cherchait sur AltaVista. C’était magique.

À l’heure du client/serveur, les entreprises embauchaient à tour de bras des développeurs COBOL pour corriger les systèmes existants ; certains prenaient même des chimistes et les formaient à leurs frais. Mais moi, je voulais faire du web, des technologies nouvelles. J’ai rejoint SQLI et on m’a confié le moteur de recherche de l’intranet de la Société Générale. On indexait tout : bases de données, documents, Lotus Notes… C’est là que j’ai attrapé le virus des moteurs de recherche. L’idée qu’on puisse rendre l’information accessible instantanément me fascinait. Et je voulais rejoindre la ruée vers le Web.

C’est ce qui vous a poussé vers l’entrepreneuriat ?

Oui. J’ai co-fondé une première société avec une idée simple et ambitieuse : indexer l’intégralité du contenu des livres pour permettre une recherche plein texte. Pas seulement par titre ou résumé, mais l’ensemble du texte. On était au début des années 2000. Les éditeurs n’étaient pas prêts à nous céder les droits pour scanner leurs livres et les rendre accessibles à tous, même si la solution était sécurisée grâce au format PDF. Le projet s’est arrêté. Quelques années plus tard, Google lançait Google Books. Exactement ce que nous voulions faire. Ça fait partie du jeu. Il faut savoir reconnaître quand il y a un « éléphant dans la pièce » et accepter d’arrêter plutôt que de s’obstiner.

« Une startup, ce n’est pas un fantasme. C’est une vision, une exécution, et beaucoup de lucidité. »

À l’époque, l’écosystème startup en France était très différent.

Complètement. Il y avait bien quelques fonds d’investissement, mais ils étaient difficiles à approcher. Les incubateurs ? C’était des pépinières d’entreprises, comprenez : des locaux avec une photocopieuse/imprimante partagée. Pas d’accélérateurs, pas d’écosystème structuré. On était loin de la French Tech. Les fondamentaux, eux, n’ont pas changé : une belle idée, un marché réel, un business model clair. L’argent peut aider, mais il ne remplace pas la solidité du projet. Monter une entreprise reste difficile. Hier comme aujourd’hui.

En 2016, vous partez aux États-Unis. Pourquoi ?

L’opportunité d’une vie : le job, le package de mobilité, le visa ; tout s’alignait. Mais au fond, c’est surtout ça : la Silicon Valley, c’est le berceau des révolutions technologiques depuis les années 1950. Comment refuser ? Je rejoins d’abord Symphony, une startup de messagerie encryptée dédiée aux banques et institutions financières, puis Ring Central, leader des télécommunications d’entreprise, où j’ai monté de zéro un produit vidéo destiné à remplacer Zoom, qu’ils déployaient jusqu’à-là en marque blanche. Nous l’avons lancé pendant le Covid. Le timing était irréel. Du jour au lendemain, la planète entière utilisait des solutions de visioconférence. C’était une accélération brutale. Et j’ai contribué directement à Chrome, grâce aux ingénieurs de talent qui m’entouraient.

Dix ans plus tard, vous êtes toujours dans la Silicon Valley.

Oui. Beaucoup repartent au bout de trois ans. Le coût de la vie est énorme, l’environnement est intense, la compétition brutale. La première cause de retour ? Le conjoint, les enfants ; et c’est encore plus dur pour les célibataires, je crois. Mais c’est aussi un endroit où l’on ose des choses que personne n’a jamais faites. Je suis surfeur, windsurfer ; quelqu’un qui n’a pas peur d’être inconfortable. Ça aide. On voit SpaceX lancer des fusées, des voitures autonomes circuler dans les rues. Et il y a tout un écosystème, un marché et un financement pour rendre tout cela possible à l’échelle globale. Aujourd’hui, je travaille chez Dialpad. La société a été fondée par des Googlers qui ont fait Yahoo Voice, Google Voice, Uber Conférence… Nous sommes pionniers dans l’usage de l’IA au cœur des communications d’entreprise depuis plusieurs années ; sept ans d’avance sur le marché. Dialpad couvre l’ensemble de la plateforme : ventes, support, recrutement, communications internes et externes, omnicanal (WhatsApp, X, Facebook). On utilise les milliards de minutes de conversation de nos clients pour créer nos propres modèles : DialpadGPT. Le coût des interactions client baisse, les musiques d’attente disparaissent. En 2026, la grande vague, ce sont les agents IA capables de gérer des interactions complètes dans les centres d’appels : prise de rendez-vous, paiements, support, qualification commerciale… avec basculement vers un humain si nécessaire. On est en train de transformer en profondeur l’expérience client : plus naturelle, plus empathique et extrêmement efficace.

« Aujourd’hui, l’interface du monde, c’est le prompt. » Et la langue. La vôtre.

Quel message souhaitez-vous transmettre aux étudiants de l’ESME ?

Le monde est à vous. Vous avez une formation d’ingénieur généraliste, donc une capacité rare : comprendre les systèmes complexes et les construire. Avec l’IA, tout a changé. Plus aucune barrière à l’innovation. On peut prototyper, coder, concevoir à une vitesse inédite. Ma fille est dans une école où ils ont des imprimantes 3D et de la robotique dès le collège. On voit actuellement des projets créés par une seule personne, open-source, depuis n’importe où dans le monde, se faire racheter pour plus d’un milliard de dollars. La pertinence et l’adoption suffisent. Le début de carrière est le meilleur moment pour créer. On a moins de contraintes financières, familiales. Si vous avez une idée, lancez-vous. Maintenant.

Et l’esprit Sussu, dans tout cela ?

Il existe. Je l’ai vu chez les stagiaires que j’ai recrutés au fil des années. Curiosité, goût de l’aventure, capacité à travailler en terrain inconnu. On retrouve cela, génération après génération. J’ai d’ailleurs créé le groupe LinkedIn des anciens il y a des années pour garder ce lien vivant. Si un étudiant veut comprendre comment venir aux États-Unis, comment fonctionne l’écosystème, quels sont les visas possibles, je réponds toujours. À un moment, on bascule vers la transmission. Et c’est un privilège.

 Arnaud a été l'initiateur du groupe ESME Alumni sur LinkedIn et vous recommande d'y participer c'est ici

Pour en savoir plus sur ARNAUD

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